Article Argentine Sud

Vous n’êtes pas sans savoir que l’Amérique du Sud abrite des pays de très grande taille et l’Argentine en fait largement partie ! Rejoindre le Sud en partant du Nord ? Plus facilement dit que fait. Nous avons 1200kms à parcourir pour rejoindre Bariloche et encore 1400kms pour descendre jusqu’à El Calafate, le point le plus au Sud de notre périple ! Nous nous accordons ainsi quelques jours pour rejoindre cette partie de l’Argentine et s’en mettre plein les yeux avant de passer la frontière Chilienne et retrouver nos chères associations.

Nous quittons donc Mendoza rapidement et rejoignons Bariloche en quelques (grosses) poignées d’heures. Nous nous y accordons quelques jours de détente… pas très reposants ! En effet, c’est la ville de la marche et des treks. Cette petite ville située au cœur des montagnes et des lacs s’apparente à un village suisse. On y trouve de charmants petits chalets mais aussi du bon chocolat et de nombreuses brasseries artisanales ! Avec un peu de chance, au détour d’une rue, vous tomberez même sur un Saint Bernard, ces gros chiens que l’on retrouve dans nos belles Alpes Françaises. 

Un peu plus et nous parlerions français. Nous chaussons nos chaussures de rando (ou plutôt nos baskets de sport …) et hop, nous voilà parties en vadrouille. Au programme : randonnées et route des 7 lacs (située sur la Ruta 40). L’eau des lacs est d’un bleu profond et les grands arbres s’y reflètent composant un véritable paysage de carte postale. 

Bariloche c’est aussi une ville qui attire de nombreux touristes et amoureux de la marche. C’est probablement l’endroit où nous croisons le plus de « grands voyageurs » sur les routes depuis 6 mois, 9 mois, 1 an et demi. Nous sommes de véritables amatrices avec nos timides 2 mois et demi. C’est aussi l’occasion d’échanger de bons conseils, de bonnes adresses pour la suite du voyage et de sacrées histoires !

Retournons à nos moutons ! Après quelques jours, nous tournons le dos à cette suisse Argentine et nous enfonçons un peu plus au cœur de la Patagonie. Nous parlons ici de dizaines d’heure passées dans des bus et sur les routes (ou plutôt LA route) à faire du stop ! Ça forge le caractère. 

Nous nous rendons à El Calafate pour y voir El Perito Moreno, véritable pépite d’Amérique du Sud. Ce fameux glacier est l’une des attractions les plus réputées d’Argentine. Et nous comprenons pourquoi… C’est avec beaucoup d’émotion que nous nous retrouvons face à ce mur de glace qui s’avance tous les jours de 2m. Nous avons beaucoup de chance, le parc est presque vide et nous profitons en silence de ses craquements et glouglous. En effet, ce glacier d’un bleu étonnant chante ! Nous y restons l’après-midi absorbées par ses couleurs, reflets et crissements. Et là, sous nos yeux, c’est le miracle : un gros pan du glacier se détache. Une énorme partie se décroche pour s’abattre dans le lac dans lequel il vient se jeter. Nous avons ainsi pu observer la partie immergée de l’iceberg. C’est un moment qui restera gravé dans nos mémoires. 

Après avoir profité de cette merveille, nous remontons vers notre dernière destination en Argentine, El Chalten. Petit village de montagne, c’est la base des plus beaux treks de la région. Nous y restons 4 jours avec une moyenne de 7-8h de marche par jours ! Nous en profitons pour réfléchir à la suite du périple, papoter et re-papoter. Nous avons le temps de nous imaginer plusieurs vies… Nous sommes assez impressionnées par notre capacité à nous parler. Après deux mois nous sommes encore intarissables ! 

Ampoules et crampes sont évidemment de la partie. Mais c’est le prix à payer pour se retrouver face au Fitz Roy, traverser des rivières bleu canard, observer les magnifiques condors et se balader au milieu des glaciers et pics rocheux. Nous finissons donc notre aventure Argentine émerveillées mais… courbaturées.

Après cette escapade patagonienne, nous nous dirigeons désormais vers le Chili. Et les choses commencent à se corser. Le Covid fait dorénavant des ravages en Italie, la France se confine et nous commençons à entendre parler de fermeture de frontières dans certains pays Sud-Américain. Ni une ni deux, nous nous dépêchons de franchir la frontière chilienne avant de rester bloquées en Argentine. Nous passons par le poste frontière – vide – de San Martin de Los Andes sans aucun problème. Et c’est alors que les aventures commencent. 

Nous avions décidé de remonter le Chili en passant par la Carretera Austral (l’équivalent de la Ruta 40 côté Chilien). Nous devions nous arrêter quelques jours à Pucon au centre du Chili avant de rejoindre Valparaiso et Santiago où nous avions rendez-vous avec diverses associations. 

En effet, à Santiago, nous étions attendu de pied ferme par l’association Hogar del Cristo qui fait un travail formidable au Chili. Elle aborde différents thèmes et soutient diverses personnes en passant par les enfants (éducation et écoles), les personnes sans travail, de la rue… Avec leur branche Emplea, Hogar del Cristo accompagne des personnes (et nombreuses femmes) sans emplois à retourner vers le monde du travail. Ils offrent ainsi des remises à niveau, formations, cours de présentation etc, à leurs bénéficiaires afin de faciliter leur réinsertion sur le marché du travail. Hogar del Cristo travaille aussi main dans la main avec El Fondo Esperanza (un institut de microcrédit) depuis de nombreuses années. De leur partenariat, un nouveau programme est en train de voir le jour, et pas n’importe lequel ! Ils se lancent dans un nouveau programme de microcrédit en lien avec leur programme Emplea. Hogar del Cristo offrira ainsi aux bénéficiaires d’Emplea la possibilité de trouver un travail et de subvenir à leurs besoins plus facilement mais aussi et surtout la possibilité de lancer leurs projets épaulés par une véritable institution du microcrédit au Chili, Fondo Esperanza. 

Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. Dès la frontière chilienne passée, les choses se corsent. Les informations tombent les unes après les autres (difficilement, toujours le même problème de connexion) et nous comprenons petit à petit que l’Amérique du Sud est en train de se fermer. Nous tentons alors de remonter en quatrième vitesse à Santiago afin d’être dans une grosse ville et au plus près de nos associations. Plus facile à dire qu’à faire. En effet, la mythique Carretera Austral est aussi belle que peu desservie. Les bus passent une à deux fois par semaine alors pas question de les louper. Nous passons quelques jours dans ces vieux bus (qui n’ont rien à voir avec le confort de leurs cousins argentins) à traverser de magnifiques parcs naturels. La route – extrêmement étroite – se fraye un chemin dans les denses et sombres forêts (on se croirait presque en pleine jungle), s’accroche aux flans d’abruptes montagnes, traversent de jolis ruisseaux couleur ciel et longent de magnifiques fjords où viennent tremper les pieds des glaciers. Nous traversons de petits villages de pêcheurs et dormons là où les bus nous portent dans des villes aux noms bien exotiques : Coyhaique ou encore El Chaiten. Nous arrivons dans ce dernier village à la nuit tombée. Le gouvernement chilien vient d’annoncer l’auto-confinement, et bientôt la fermeture des restaurants, hotels… Et nos ennuis ne font que commencer ! Pas une auberge ne veut de nous. Nous sommes devenues des pestiférées et encore plus avec notre accent français. Après plusieurs heures d’errements, nous trouvons refuge dans l’église du village. Les bonnes sœurs (après maintes suppliques et quelques larmes) ont cédé et nous ont ouvert les portes de leur église. Ces heures furent très éprouvantes. Et pour ne rien vous cacher, nous avons été extrêmement déçues et tristes de certains comportements. Nous comprenons la peur liée au Covid mais ce manque de générosité et d’aide nous a quelque peu surprises. Enfin ! Nous nous en remettrons. Le lendemain, nous quittons au plus vite ce petit village – notre bus est à 5h du matin et il n’est pas question de le louper. Rebelote, nous voyageons direction Puerto Montt : la grosse ville marquant la fin de la Carretera Austral. 

Nous y faisons une magnifique rencontre : Alejandra, qui nous accueille pour la nuit. Nous avons avec elle l’un des plus beaux échanges de notre voyage ! Nous parlons de solidarité féminine, de la vie, de l’importance de l’entraide, de la générosité. C’est un magnifique moment. Mais c’est aussi cette nuit-là que nous prenons la plus dure décision du voyage. Tous les pays annoncent les uns après les autres la fermeture de leurs frontières et le confinement, toutes nos associations ont fermé leurs portes. Inutile de vous compter notre état. Complétement perdues, nous ne savons pas quelle décision prendre : l’une préfère rentrer, l’autre rester, 1h après les positions s’inversent… Des scénarios plus extravagants les uns que les autres prennent forme dans nos esprits un peu fatigués : (1) Rester à Santiago en attendant le déconfinement, (2) filer rejoindre Douce, la sœur de Loïs en Colombie, (3) retourner sur nos pas et repartir sur Buenos Aires, (4) rejoindre nos familles au Vietnam à Hanoï ou Hô Chi Minh, (5) partir se confiner sur une plage au Brésil ?? Nous sommes dans un flou total ! Un peu stressées aussi c’est évident. Mais pas que : la tristesse de potentiellement devoir dire au revoir à notre projet nous étreint. Après avoir pesé le pour et le contre pendant des heures, contacté l’ambassade du Chili, des français vivant à Santiago, échangé avec nos amis voyageurs, et nos parents… (bu quelques verres de vin) notre décision est prise, nous rentrons – la mort dans l’âme. Ce fût certainement la première et unique fois de notre vie où nous avons dû prendre ce genre de décision et où nous nous sommes retrouvées face à ce type de situation. Le lendemain matin, nous sommes toujours déboussolées… Loïs n’en revient toujours pas et dit à Mathilde « on fait quoi alors ? » La décision de la veille avait du mal à s’ancrer en nous. 

Nous prenons donc l’avion direction Santiago où nous dormons une courte nuit avant de nous précipiter à l’aéroport. La situation y est ubuesque. La queue devant AirFrance fait quelques centaines de mètres et c’est la seule compagnie qui n’annule pas encore la plupart de ses vols. Nos chances de partir sont minces. Mais nous avons un petit ange au-dessus de nos têtes… Un ami, commandant de bord chez Air France effectue son dernier vol le soir-même : Sao-Paulo-Paris. Nous n’avons « plus qu’à » trouver un vol direction Sao Paulo avant le soir pour être assurées de rentrer chez nous. Ni une ni deux nous faisons tous les comptoirs possibles et inimaginables afin de trouver deux tickets. Et après maints faux espoirs nous trouvons deux billets… nous sommes sur la liste d’attente !

Nous n’allons pas vous le cacher, à ce moment précis, nous nous sentons proche du but mais il ne faut pas crier victoire trop vite et c’est avec la boule au ventre que nous nous présentons à l’embarquement. Victoire ! Nous avons de la place ! Mais… il y a toujours un mais ! On ne veut pas nous faire passer nos sacs en soute et ils sont trop gros pour rentrer en cabine… Nous déployons alors toute notre ingéniosité pour remédier à ce problème. Et ça passe ! 

Arrivées à Sao Paulo, tout se déroule sans accrocs. Nous grimpons dans notre dernier avion et c’est en s’y asseyant que nous réalisons ce qu’il se passe. Prises dans le rush et l’adrénaline de trouver un billet etc, nous n’avions pas encore réalisé que nous disions au revoir à notre bébé, notre tour du monde préparé depuis si longtemps, quasiment 1 an de préparation… 

C’est donc fatiguées physiquement mais surtout émotionnellement que nous mettons le pied sur le sol français, le 19 mars, 112 jours ou 4 mois avant la date prévue. 

C’est la fin du tour, désormais nous savons que nous ne pourrons pas repartir de sitôt mais ce n’est pas la fin du Women Tour. Nous sommes et restons de véritables optimistes ! Dans cette situation qui nous touche tous, nous continuons d’entretenir des liens avec les femmes et associations rencontrées. Nous échangeons quotidiennement avec elles. La situation est dure pour tous mais encore plus pour ces femmes. C’est pourquoi nous tentons de faire notre maximum pour les aider. En effet, n’oublions pas tous ces pays qui n’ont pas les mêmes services ou toutes ces familles qui n’ont pas les moyens de s’offrir de tels traitements. Nous pensons très fort à toutes ces femmes rencontrées lors de notre voyage qui vivent toutes la situation différemment. Cette femme au Chili qui va se retrouver sans argent du jour au lendemain et qui doit nourrir ses 2 filles, ou bien ces brodeuses d’ASAO qui seront très peu prises en charge depuis leur île, ou encore ces femmes au Rwanda dans les villages reculés qui auront besoin d’économies pour pouvoir nourrir leur famille dans les prochains jours.

Avec beaucoup d’émotions, nous vous écrivons ces derniers mots pour notre dernier article de voyage … Nous espérons repartir au plus vite. Le Women Tour se relèvera.

On vous embrasse tous & vous remercie encore pour ces mois de soutien.

Math & Lolo

1 réflexion sur “Article Argentine Sud”

  1. Merci pour ce reportage. J ai en effet voyage avec vous et vous m’avez donné envie de repartir en Amérique latine…Beaucoup d’émotions sûrement et de stress mais oui vous avez une étoile au dessus de vos têtes et… vous repartirez pour continuer à appprter à ces belles associations votre soutien…
    Un abrazo
    Isabelle

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